Alors qu’en France, ces derniers mois, les gens se plaignaient de devoir aller au travail à pied et s’impliquaient dans la vie politique de leur pays en créant des groupes Facebook, un mouvement social de grande ampleur paralysait New York : la grève des machinistes de Broadway.
Eh oui : en novembre, pendant presque 20 jours, l’Amérique et moi avons été privés de comédies musicales.
Je vous laisse imaginer le drame pour les centaines de milliers de gens concernés : Plus de Elle ! Plus de Mimi ! Plus de queue a TKTS pour occuper son samedi après midi ! Et je ne parle même pas de toutes les personnes âgées qui sont mortes pendant l’intervalle de ces vingt jours avant d’avoir pu voir Wicked!
Heureusement, comme on est au Etats-Unis, cette intolérable prise d’otage n’a pas duré : tous les gens en grève ont été virés, et le problème a été résolu. (Bon en fait je crois qu’ils ont trouve un accord… Mais il faut entretenir le mythe de L’Amérique-où-ca-se-passe-pas-comme-ca !)
Du coup, j’ai décidé de fêter ca mardi dernier en allant voir The Phantom of the Opera, le plus « vieux » musical de Broadway (comprendre : celui qui y a été représenté le plus de fois).
J’y suis allé un peu a l’aveuglette, parce qu’on m’en avait dit du bien, que j’avais 40% de réduction au comité d’entreprise et que, en m’y prenant deux heures avant, je n’avais pas trop de choix… De toutes façons, avec un musical qui attire du monde depuis 1986, le risque de me planter était limité.
Au final, j’ai passé une bonne soirée même si, pour être honnête, je n’ai pas été transcendé (comprendre : je ne vais pas me procurer la BO et chanter les chansons dans la rue pendant trois mois comme pour Wicked).
En effet, comparé aux musicals plus récents que j’ai vus, Phantom of the Opera m’a paru assez old school.
Déjà, il n’y a pratiquement pas d’humour et, même si quelques personnages secondaires nous font sourire de temps en temps, l’ensemble reste très premier degré. Le créateur a visiblement voulu privilégier une ambiance sérieuse, à la fois romantique et inquiétante, que trop d’humour aurait désamorcée.
Cet aspect très premier degré fait que les personnages manquent un peu de profondeur (une profondeur qu’un peu plus d’humour dans les dialogues aurait sans doute pu leur apporter) : Si la relation de dégout et de fascination qui unit l’héroïne au fantôme est intéressante (mais aurait mérité pour moi d’être poussée plus loin), le fiancé de l’héroïne est, quant a lui, un personnage particulièrement fade.
L’histoire n’est pas non plus extraordinaire, mais elle se suit bien, surtout pendant le deuxième acte qui m’a paru plus prenant et rythmé après les longueurs du premier.
Ce qui fait la force de Phantom of the Opera, par contre, c’est son indéniablement ambiance: Tour à tour mystérieuse, inquiétante ou romantique, elle est particulièrement réussie. On est vite plongé au cœur de cet opéra et de ses secrets, et certaines apparitions du fantôme sont étonnamment angoissantes.
Les décors (superbes), les costumes et les éclairages contribuent pour beaucoup à cette atmosphère, ainsi que la musique bien sur.
Celle-ci oscille entre des airs et voix d’opéra classique et des thèmes plus modernes (quand le fantôme apparait en général, ce qui souligne son génie musical). Le mélange est assez intéressant, même si je pense qu’un amateur d’opéra est plus susceptible d’apprécier que moi les référence a Dom Juan ou a Hannibal.
Enfin, pour finir, s’il y a assez peu de chansons qui me resteront dans la tête, je retiendrai quand même le thème principal, Phantom of the opera, dont l’air à la fois inquiétant et sensuel réapparait plusieurs fois pendant le spectacle… Une chanson envoutante, et superbement mise en scène (des décors et éclairages magnifiques qui nous plongent dans les catacombes parisiennes).
Au final, moi qui suis habitué aux musicals plus drôles et modernes, j’ai été assez déstabilisé par Phantom of the Opera… Mêmes si les mélodies étaient contemporaines, j’avais souvent l’impression d’assister a un ballet, où l’on a plaisir à voir mis en scène une partition et une histoire déjà connues.
Une expérience intéressante, donc… Même si la prochaine fois j’irais voir un truc plus moderne, du genre Rent ou Hairspray !

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