
Cette exposition a suscité pas mal de débats depuis sa création, puisqu’on peut y voir de vrais corps humains disséqués.
J’ai un peu hésité avant d’y aller : d’abord parce que le concept me semblait morbide, mais surtout parce que j’avais entendu dire que les « corps » disséqués pour l’exposition avaient été donnés dans des circonstances assez troubles par le gouvernement chinois… (Après vérifications, ils n’ont pas été donnés mais vendus… no comment)
J’avais donc pas mal de réticences, mais mes colocataires m’en ont dit beaucoup de bien et l’amie qui me rendait visite ce week-end était motivée pour m’accompagner. Ma curiosité et mon envie de me faire ma propre opinion l’ont donc emporté.
Au final, Bodies m’aura marqué dans le bon comme dans le mauvais sens du terme : J’ai trouvé certaines dissections vraiment instructives et impressionnantes, mais d’autres aspects de l’exposition m’ont mis vraiment mal à l’aise.
Les premières salles, consacrées aux os et aux muscles, ne m’ont pas du tout plu. J’essayais de m’intéresser aux morceaux de squelettes ou de chair que je voyais dans les vitrines, mais je n’arrêtais pas de me dire qu’un moulage aurait été aussi convaincant dans cette situation et que le fait qu’on ait un vrai morceau de cadavre en face de soi n’apportait strictement rien, si ce n’est un cote voyeuriste assez dérangeant.
C’était d’ailleurs assez bizarre de voir autant de parents visiter l’exposition avec leurs jeunes enfants, en pointant du doigt les morceaux de corps et en s’exclamant bien fort « oh regarde, un tympan / un pied / un tibia ».
Moi, en présence de tous ces cadavres, j’étais naturellement tenté de chuchoter…
Ajoutez à ca les corps écorchés hideux avec des ballons de basket ou de rugby dans les bras qui trônaient au milieu de la pièce pour « décorer », et vous comprendrez que j’ai trouve ces premières salles d’un gout assez douteux.
Heureusement, après, ca s’est amélioré : Il y avait des dissections (brrrr…) très impressionnantes dans les salles suivantes, qui auraient difficilement pu être remplacées par des moulages (mine de rien ca changeait tout pour moi que l’emploi d’un vrai cadavre ne paraisse pas gratuit).
En particulier, il y avait une très belle dissection du système nerveux humain, ou l’on voyait le lien entre le cerveau et tous les nerfs. C’est assez indescriptible, un mélange entre le fantôme et la méduse.
Il y avait aussi des coupes de cerveaux endommagés par des attaques, qui prennent la forme de grosses taches noires au milieu de la matière grise… C’était angoissant mais aussi étrangement poétique.
La salle consacrée a la circulation sanguine était très impressionnante aussi, puisqu’une technique de dissection spéciale permettait d’isoler les artères et les veines du reste du corps tout en leur laissant leur forme originale.
Enfin, il y avait aussi une salle qui exposait des fœtus à différent stade de leur développement. C’était d’ailleurs la seule salle du musée qu’un avertissement nous encourageait à contourner si nous étions trop sensibles. Parce qu’apparemment, voir un fœtus d’une semaine et demi dans un bocal, c’est bien plus choquant que de voir un adulte écorché… Parfois j’ai quand même du mal a comprendre les américains…
Au final, je mentirais en disant que l’exposition ne m’a pas intéressé. Certaines dissections valent vraiment le coup d’œil, et on n’y apprend pas mal de choses sur notre corps… Et pourtant, tout ca oscillait trop entre la science et le voyeurisme pour que je j’en sorte pas un peu mal a l’aise.
Je ne regrette pas d’y être allé, et pourtant suis un peu gêné quand j’y repense : la preuve, j’ai pas mal hésité à en parler ici, et je me suis réveillé en sursaut l’autre nuit quand j’ai réalisé que C’ETAIENT DE VRAIS CORPS DE VRAIS GENS MORTS QUI N’AVAIENT SANS DOUTE PAS DONNE LEUR ACCORD.
Finalement, c’est la question de l’accord qui m’aura le plus dérangé. Du coup, si ce genre d’expositions se développe, j’espère qu’on se procurera les corps dans des circonstances un peu plus éthiques.

2 commentaires:
Interessante description. Je partage ton avis a priori : il y a un côté fascinant mais également très morbide. Le fait que les cadavres aient été vendus, ou qu'on ait pas eu l'accord des individus est malsain au possible...
En effet le problème éthique est sûrement celui de savoir si le don de corps est volontaire.
Au passage "morbide" veut dire : en rapport avec la maladie, et pas la mort, vous confondez avec macabre !
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