
Je ne m’habitue pas au métro new-yorkais.
Voila maintenant deux semaines que je suis installe. Deux semaines que je le prends matin et soir, deux semaines que j’explore ses couloirs, que je mémorise ses arrêts, que j’étudie son tracé… Deux semaines, surtout, que j’appréhende chaque trajet et que je privilégie des que possible la marche a pieds !
Vous pensez que j’en rajoute? Que j’exagère? Vous vous dites que ça ne peut pas être si terrible ? Cette anecdote tout ce qu’il y a de plus “banale” sur l’un de mes derniers trajets devrait suffire à vous convaincre :
La scène se passe samedi après-midi. Il fait beau, il fait chaud, je suis en week-end et j’explore Manhattan en observant les écureuils et en dégustant un brownie au chocolat. Une balade paisible et relaxante, un beau moment de détente que rien, non, rien ne semble à même de perturber… Rien… Sauf bien sur le métro !

C’est un peu ma faute, a vrai dire : Quand je décide de rentrer (au six centième écureuil on se lasse un peu), je me trouve dans Chelsea, a trois kilomètres “à peine” de chez moi … Exactement le type de distance pour laquelle il vaut mieux utiliser ses pieds a Manhattan !
Mais voila, j’ai marche toute l’après midi, j’ai envie de me poser et, surtout, surtout, je viens de tomber par hasard sur un arrêt de métro. Pas n’importe quel arrêt, en plus : un arret de ma ligne, la bleue, celle que je prends tous les matins, celle que je connais la mieux, celle qui passe à deux cent metres à peine de ma rue!
C’est un signe, je le sens: une occasion pour moi de vaincre ma peur et de me réconcilier avec les transports en commun new yorkais !
Malgré tout, un mauvais pressentiment me saisit alors que je m’engage dans les escaliers et, d’un coup, le doute m’envahit.. Est-ce une si bonne idée que ça ? Est-ce que je n’irais pas plus vite a pieds? Vais-je vraiment risquer de me perdre pour deux petits arrêts ?
Mais bon, j’ai quand même 24 $ de Metrocard hebdomadaire a rentabiliser. Et puis zut, je suis parisien, je ne vais pas me laisser impressionner par un vulgaire métro ! De toutes façons, si les américains comprennent, ça ne doit pas être si complique !
Bien détermine à ne pas me laisser impressionner, je descends dans la gare et me dirige d’un pas décide vers les tourniquets. Premier moment d’angoisse, car valider son ticket n’est pas un geste anodin a New York. En effet, il faut passer sa Metrocard dans la fente métallique juste au bon rythme. Trop vite, trop lentement, et c’est rate, la machine bugge et on doit recommencer. Et de toutes façons, si on se rate la première fois, c’est fichu : il faudra une bonne vingtaine d’essais, entrecoupée de grandes respirations “détresse un peu” pour pouvoir passer. Inutile de dire que quand le train est à quai de l’autre cote et qu’on sent des new yorkais hostiles gesticuler derrière soi en hurlant dans une langue qui ressemble à tout, sauf a l’anglais qu’on appris à l’école, on a vite fait de paniquer.
Pourtant, ce jour la, miracle : mon mouvement du poignet est souple juste comme il faut, et la machine me laisse passer du premier coup. C’est un signe, je le sens !
Me voila du bon cote. Première mauvaise surprise: il y a deux quais différents pour le E et le C. Je précise que le E et le C s’arrêtent tous les deux a Spring Street, la station ou je descends. Techniquement, je peux donc prendre les deux. Sauf bien sur quand ils passent sur des quais opposes de la gare !
Lequel arrivera en premier ? Comment minimiser mon temps d’attente espéré ? Il faut savoir que rien sur les quais n’indique jamais l’heure du prochain métro. On se fie donc a de petits indices pour estimer combien de temps en moyenne on va poireauter. Apres quelques secondes d’hésitation, je choisis le quai du E, le plus peuple. A priori, s’il y a du monde, c’est que le dernier est passé il y a un moment et que le suivant ne devrait pas tarder, non?
Pas de bol, j’ai à peine attendu 30 secondes sur le quai du E que le C arrive à l’autre bout de la station. Inutile de courir pour l’attraper, le temps de me taper les escaliers et le couloir, il aura déjà redémarre... Et vu la chaleur étouffante qui règne dans la gare (le seul endroit de New York qui ne soit pas climatise), je n’ai pas trop envie de courir pour rien !
Un peu vexe, je me console en me disant que mon E ne devrait pas trop tarder. J’attends, j’attend… Je suis debout… Il fait chaud… Dix minutes passent… Courage, il va bien finir par arriver !
Ca y est… Cette fois je l’entends… C’est lui, enfin ! Ah non, c’est un autre C, toujours sur le quai d’en face. Pas de E a l’horizon. Je commence à me dire que finalement, j’aurais mieux fait de marcher…
Cinq minutes d’attente plus tard, approximativement au moment où j’aurais du arriver devant ma porte si j’étais rentre à pied, un E arrive enfin sur le quai. Apres avoir soigneusement vérifie que c’était un local, je monte.
Contrairement au quai ou on étouffe et transpire, la rame est trop climatisée : je me mets à frissonner malgre mon pull. Mais peu importe : Dans deux arrets, je suis chez moi! Et j’ai même trouve une place assise ! Tout s’arrange !
Le train démarre, accélère, ralentit, s’arrête à la première station. Les portes s’ouvrent, les gens descendent.
Et la, horreur ! L’événement que je redoutais entre tous en prenant le met se produit : le haut-parleur de la rame se met à crachotter une annonce.
Il faut savoir que quand le conducteur de la rame annonce quelque chose, en général, ça donne ça : “ This train mmmfmmmf will not stop mmfffmmfff direct to mmfffmmfff”. En gros, on en comprend juste assez pour comprendre que ce qu’on n’a pas compris était vraiment important. Histoire de stresser un peu, quoi…
Et dans ce cas précis, ça devait être encore plus important que d’habitude parce que, d’un coup, avant même que le message ne soit fini, les passagers avachis autour de moi se dressent sur leurs jambes et se ruent hors du wagon. Et quand je dis “se ruent”, je n’exagère pas! Vous avez déjà vu une nuée d’oiseaux paniques s’envoler à l’approche d’un prédateur ? Imaginez la même chose dans une rame de met, avec les mamies qui bousculent et les mères de familles pour pouvoir sortir avant elles…
En quelques secondes à peine, la rame s’est vidée, je me retrouve seul en face d’un couple de japonais, visiblement aussi choques et perdus que moi.
Je les regarde dans les yeux sans bouger, le coeur battant, les muscles tendus, prêt a réagir. Je n’ai que quelques secondes pour prendre une décision, je le sais. Partir ? Rester ? Mon instinct me hurle de suivre la masse : sans réfléchir, je saute sur mes jambes et bondit hors du wagon juste au moment ou les portes ne se referment. Leurs mâchoires claquent derrière moi, et le train redémarre, entraînant les infortunes japonaises vers une destination inconnue (Le Bronx ? Le dépôt? Le New Jersey ?).
Me revoilà sur le quai. Essoufflé, hagard, le coeur battant, ignorant l’étendue du sort horrible auquel j’ai échappe à l’instant.
Les autres passagers attendant le train suivant, résignes. Moi, l’expérience m’a suffi. Je sors de la station et finit mon trajet a pied. Dix minutes plus tard, je suis chez moi.
J’aurais mis pratiquement cinquante minutes au final, pour me taper la moitie du trajet a pied et frôler la crise cardiaque. La prochaine fois, je rentrerai en marchant !

3 commentaires:
Eheh ;) je ne sais pas si le metro parisien est plus à envier par ces temps de grève. Se lever le matin et se demander comment on va se deplacer! (metro ? il n'y en a plus.. bus? pareil taxis? tous pris, Velib? on en trouve pas de dispo traverser paris à pied avec plus d'une heure de marche? hummm quel choix!) en revanche la ligne 14 fonctionne toujours. Vive les metros sans conducteurs!!! :)
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